Qu’est-ce que c’est?

L’expression Fuite des cerveaux, ou Brain Drain en anglais, a été créée dans les années 1950-1960 par des journaux britanniques pour qualifier le départ massif de scientifiques et d’ingénieurs du Royaume-Uni vers les États-Unis et le Canada.

Définition contemporaine de l’Organisation internationale pour les migrations:

« Émigration permanente ou de longue durée de travailleurs qualifiés qui se réalise au détriment du développement économique et social du pays d’origine. Par extension, le terme désigne également la mobilité étudiante, flux potentiel de travailleurs qualifiés. L’expression fuite des cerveaux évoque l’existence d’un taux d’exode considéré comme excessif par le pays d’origine. Le phénomène de fuite des cerveaux n’affecte pas uniquement les pays en développement ; il touche également, dans des proportions variables, les pays développés. »


Est-ce mauvais?

La nature péjorative de l’expression tire sa source du constat qu’un pays développé allant recruter des travailleurs qualifiés dans un pays en voie de développement va récolter les bénéfices d’une éducation dont les coûts auront été assumés par un pays généralement plus pauvre.

Certes, les raisons qui poussent les cerveaux à émigrer sont multiples, et les flux migratoires professionnels ne suivent pas toujours une trajectoire du sud vers le nord. De plus, les pays d’origine profitent aussi du phénomène puisque beaucoup d’expatriés partagent une partie de leurs gains avec leurs proches restés au pays. Enfin, certains cerveaux retournent à leur mère-patrie, où ils mettent à profit l’expérience de travail et les apprentissages qu’ils ont acquis à l’étranger, alors que d’autres participent au développement de liens de collaboration académique, scientifique, industrielle, commerciale, économique et culturelle favorisant leur pays d’origine.

Carte illustrant le flux d’envoi de fonds des expatriés vers leur pays d’origine

Remittances around the world visualised

http://www.theguardian.com/news/datablog/2013/feb/05/remittances-around-world-visualised#zoomed-picture

Toutefois, une étude de l’OCDE  révèle que:

« Les émigrants de pays en développement ont plus de probabilité que ceux des pays avancés de s’établir définitivement dans leur pays d’accueil. Une enquête sur les docteurs en sciences et en technologies d’origine étrangère résidant aux États-Unis, montre que la majorité d’entre eux ne prennent pas le chemin du retour, surtout lorsqu’ils viennent de pays en développement : 88 % des Chinois et 79 % des Indiens ayant reçu leurs doctorats aux États-Unis en 1990-91 y travaillaient encore en 1995. En revanche, seulement 11 % des Coréens et 15 % des Japonais titulaires d’un doctorat américain d’ingénieur en 1990-91 travaillaient aux États-Unis en 1995. Cependant, à long terme, la perspective d’un retour de personnes et de capitaux peut constituer une forme de stratégie de développement économique.»

http://www.observateurocde.org/news/archivestory.php/aid/357/Fuite_des_cerveaux_:_Mythes_anciens,_r_E9alit_E9s_nouvelles_.html#sthash.GObtd5OT.dpuf


En résumé

Dans le tableau qui suit, on peut constater que pour les pays d’origine, il existe des effets bénéfiques et des effets néfastes à la fuite des cerveaux.

Bilan fuite cerveaux

Toutefois, bien que le nombre d’effets (bénéfiques et néfastes) soit égal dans chaque colonne, tous n’ont pas le même poids ou la même valeur.


Et maintenant?

Au 21ième siècle, le mouvement du balancier serait-il en voie de basculer? Un extrait d’un article de Benjamin Pelletier, publié en 2013, intitulé Le retour des cerveaux, nouveau symptôme de la désoccidentalisation du monde, nous éclaire sur la question:

«… certains pays développés s’inquiètent de voir partir des talents nationaux attirés par le dynamisme et les opportunités des pays émergents (la fameuse fuite des cerveaux); d’un autre côté, des pays s’inquiètent de voir repartir des talents étrangers qu’ils avaient su attirer via une politique d’immigration sélective, et qui souhaitent désormais participer à l’émergence de leur pays d’origine (le retour des cerveaux). Ces deux phénomènes sont en fait comme l’avers et le revers d’une même médaille (la désoccidentalisation du monde).»

http://gestion-des-risques-interculturels.com/analyses/le-retour-des-cerveaux-nouveau-symptome-de-la-desoccidentalisation-du-monde/